Antonin Besse (1877-1951). Créateur d’un empire commercial situé à Aden

L’article ci-dessous nous est aimablement proposé par Alain Pouillart, que nous avons eu l’occasion de vous présenter par ailleurs. Il est également paru fin 2018 dans un magazine rémois.

Antonin Besse naît à Carcassonne le 26 juin 1877, dernier né d’une famille de sept enfants. Courtes études suivies d’un service militaire. Quelques repères biographiques :

1899 : il s’embarque pour Aden (colonie Britannique) et sera embauché par la firme Bardey (commercialisation du café). Vingt ans plus tôt, Bardey avait employé Arthur Rimbaud, poète devenu, dans ces déserts de feu et de pierres, commerçant et explorateur.

1907 :  il rencontre une Belge, Marguerite Godefroy, très riche, et qui lui apportera des capitaux pour monter ses affaires. Mariage, deux enfants.

1922 : jeune divorcé, il épouse une Britannique, Hilda Crowter, et lui fait cinq enfants. Quelle santé !

C’est un sportif accompli. Il aime les contacts et a le sens des affaires. Il rencontre Henry de Monfreid, écrivain aventurier. Il prend Paul Nizan, autre écrivain, comme précepteur de son fils, à Aden.

“Le roi de la mer Rouge”, comme on l’appelle, fait du commerce, des actions humanitaires, crée sur ses deniers des écoles, des hôpitaux, à Aden, à Djibouti. Il jouera un rôle prépondérant dans la résistance éthiopienne face aux fascistes italiens. Le roi Georges V le nommera pair de l’empire Britannique. Homme d’affaires il créé des usines de savon, d’huile de coco, équipe les boutres (bateaux somaliens) de moteurs Diesel, se lance dans l’import-export d’automobiles, travaille avec les raffineries Shell, la British Petroleum et fournit la Corne de l’Afrique en kérosène.

A la fin de sa vie, vers 1947, il veut léguer sa fortune (on parle de six milliards de dollars) à l’État français pour établir un établissement d’études financières, mais cela ne se fera pas, pour des raisons fiscales et, surtout, pour cause de réticences de l’éducation nationale (!). Il se rappelle, alors, que ses enfants ont étudié en Angleterre, à Oxford. Il réitère sa proposition aux Britanniques… qui acceptent. On ne laisse pas passer une somme – un don – de 1 500 000 livres… En 1950, le Saint Anthony’s College est créé à Oxford. C’est le plus international des collèges d’Oxford. Antonin Besse est promu chevalier.

450 élèves de 66 nationalités… Le College a une renommée mondiale (recherche et enseignement). Anciens élèves célèbres : Thomas Friedman, Paul Kennedy, Gary Hart, Richard Ovans et le controversé Tariq Ramadan. Le College édite une revue, The St Antony’s International Review depuis le 62 Woodstock Road, Oxford. Il existe une biographie sur les projets de ce flamboyant Français :

David Footman,Antonin Besse of Aden: The Founder of St. Antony’s College, Oxford, Basingstoke, 1986.

1951 : Antonin Besse fait don, au British Museum, d’une collection d’antiquités du Sud de l’Arabie. Cette fabuleuse histoire se met ainsi au service des recherches sur la Corne de l’Afrique, Aden, les colonies, leurs commerçants et aventuriers, sans oublier les accords Sykes-Picot…


Pour aller plus loin :