Alain Pouillart, le savant passionné

Qui donc a dit que les années privaient un homme d’enthousiasme et de passion ? En vérité, il n’est pas rare qu’un aimable retraité dissimule un amoureux de l’aventure et des horizons lointains. Alain Pouillart est de ceux-là, l’un de ces amateurs savants et passionnés, qui côtoie Rimbaud comme l’on fréquente un vieil ami et marche dans ses pas sur les chemins arides de la Corne de l’Afrique.

Employé de banque à dix-sept ans, incorporé sous les drapeaux à vingt, le rémois Alain Pouillart voulait voir le monde, partir le plus loin possible. Dont acte : il découvre Djibouti en 1966 à l’occasion de son service militaire. Son atterrissage sur le tarmac de l’aéroport d’Ambouli, un certain 9 janvier, marque les débuts d’une aventure palpitante. Pris par la chaleur à sa descente de l’avion, le jeune soldat, affecté pour neuf mois au bureau de l’intendance, des vivres et de l’habillement, rejoint en camion son casernement, non sans découvrir au passage le port bruissant d’activité d’une capitale animée. A Djibouti, son quotidien est fait de labeur, de chaleur, de repas frugaux arrosés de Coca, de Fanta ou de Johnnie Walker au pied de la mosquée Al-Hamoudi, de soirées au Café Khamsin et de nuits agitées dans les bars à soldats. Alain Pouillart est là, en cette fin de mois d’août 1966, quand le Général se fait secouer par la population mécontente : il prend le pouls du pays, sent monter la fièvre de l’indépendance et se plaît à imaginer, onze ans avant qu’elle n’advienne, la conclusion de l’aventure coloniale française.

Impressionné par les odeurs d’un pays rude mais sensuel, Alain Pouillart quitte la Côte Française des Somalis en novembre 1966. Sur place, il a découvert Monfreid ; en France, il découvrira Rimbaud, qui plus que tous a aimé cette terre. Saisi par un mystérieux mal du pays, il trouve du réconfort à la lecture d’Une Saison en Enfer et des Illuminations. Certains ouvrages vous poursuivent toute une vie, dit-on, et lorsqu’ils vous rattrapent, ils ne vous lâchent plus. Pour Alain Pouillart, qui a correspondu avec Pierre Petitfils*, ces recueils ont compté parmi les plus importants d’une vie bien remplie. Membre de l’association internationale Les amis de Rimbaud, il fait en 2015 la rencontre des adhérents de Charleville Harar, qu’il rejoint et dont il devient le plus éminent rimbaldien. C’est ainsi qu’il retrouve ses vingt ans et marche sur les traces du poète, (re)découvrant les couleurs de Djibouti-ville, du lac Assal, de Tadjourah et de Harar.

Alain Pouillart est un homme passionné. Il est également un homme généreux, qui entend partager ses passions et le fait avec brio. De plus en plus intéressé par la Corne et sa littérarité, il tient des conférences à Bazeilles, à Paris et, plus récemment, au musée Verlaine de Juniville. A la demande de ses pairs, il écrit à son tour, entre fiction et réalité, préparant un ouvrage à paraître d’ici quelques mois. Un chapitre dédié à Rimbaud est désormais achevé, complété de poèmes et de photos. D’autres sont prévus, consacrés à Monfreid (avec l’aide de l’Association des amis de Henry de Monfreid), à Hugo Pratt, à Teilhard de Chardin, à Paul Nizan, à Joseph Kessel et à Albert Londres. Un magnifique panorama en perspective…

Nous remercions Alain Pouillart pour l’entretien qu’il nous a aimablement accordé et lui souhaitons le meilleur des succès dans son entreprise littéraire.


[*] Pierre Petitfils (1908 – 2001) était un critique littéraire et un spécialiste de Rimbaud et de Verlaine. On lui doit notamment L’Œuvre et le visage d’Arthur Rimbaud (Nizet, 1949) ainsi qu’une biographie des deux poètes, parues en 1981 et 1982 chez Julliard.

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